Les Grands Voisins

L'Artiste face à l'inachevé

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IV — Brâncuși : finir une œuvre qui ne finit pas

Il existe une œuvre qui me semble exprimer admirablement ce paradoxe : la Colonne sans fin de Constantin Brâncuși.
Matériellement, cette colonne possède évidemment des limites.
Elle commence quelque part.
Elle se termine quelque part.

Pourtant, par la répétition de ses modules, Brâncuși nous donne l’impression qu’elle pourrait continuer.
Encore.
Et encore.
Vers le ciel.
L’objet est terminé.

Mais l’idée qu’il porte ne l’est pas.
L’œuvre est donc simultanément finie et infinie.
Et peut-être pourrait-on en dire autant du travail initiatique.
Nous sommes des êtres finis.

Notre temps est limité.
Notre présence dans ce Temple de vie est limitée.
Notre existence elle-même possède une limite que nous connaissons tous.

Mais l’œuvre à laquelle nous participons nous dépasse.
Le Temple symbolique que nous construisons n’a pas commencé avec nous.
Et il ne se terminera pas avec nous.
Nous sommes momentanément dépositaires d’un travail commencé par d’autres et destiné à être poursuivi par d’autres.
Cela modifie profondément la manière de considérer notre pierre,notre oeuvre...

Je ne dois peut-être pas nécessairement la terminer.
Je dois la travailler suffisamment pour qu’elle puisse trouver sa place dans une construction qui me dépasse.

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