Les Grands Voisins

L'Artiste face à l'inachevé

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III — L’artiste doit savoir poser son outil, le président et le roi aussi...

Mais une autre difficulté apparaît.
Si l’œuvre peut toujours être améliorée, quand faut-il s’arrêter ?
L’artiste connaît cette angoisse.
Encore une touche.
Encore une correction.
Encore un détail.
Encore une reprise.
Jusqu’au moment où vouloir perfectionner l’œuvre risque paradoxalement de la détruire.

Il faut alors savoir poser l’outil.
Cette idée me semble également profondément initiatique.
Nous parlons beaucoup du travail et d’initiatives citoyennes...
Peut-être devrions-nous parfois parler davantage de l’arrêt du travail.
Il existe un temps pour frapper la pierre.

Mais il existe également un temps pour poser le maillet.
Un temps pour agir.
Et un temps pour regarder.
Un temps pour parler.
Et un temps pour écouter.
Un temps pour chercher.
Et un temps pour accepter de ne pas savoir.
Car travailler sur soi ne signifie pas se corriger continuellement jusqu’à devenir prisonnier d’un idéal inaccessible.

Peut-être faut-il également apprendre à reconnaître la forme qui est déjà là.
L’artiste ne crée pas nécessairement en ajoutant.
Le sculpteur, lui, crée en retirant.
Le politique,lui peut innover à travers ses discours et ses actions concrètes pour l’interêt suprême de nos peuples méritants...
Et cette idée me paraît particulièrement belle pour penser notre démarche.
Peut-être progresser ne consiste-t-il pas toujours à devenir davantage.

Peut-être consiste-t-il parfois à enlever.
Enlever un préjugé.
Enlever une certitude.
Enlever une peur.
Enlever un jugement trop rapide.
Enlever cette étrange nécessité d’avoir raison.
Enlever, encore, ce qui nous empêche de rencontrer véritablement l’autre.
Et progressivement apparaît quelque chose qui était peut-être déjà présent, mais que nous ne savions pas voir.

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